Même bien couvert, on paie toujours une partie de ses soins de sa poche. Et cette part grimpe nettement avec l’âge. Une étude de la Drees, le service statistique des ministères sociaux, publiée le jeudi 5 novembre 2026 et portant sur les données de 2023, met des chiffres sur cet écart : après les remboursements de l’Assurance maladie et de la complémentaire santé, le reste à charge annuel moyen atteint 290 euros pour les 70 ans et plus, contre 80 euros pour les 20-39 ans, comme le rapporte Moneyvox.
Plan de l'article
Ce que mesure exactement la Drees #
Le « reste à charge » désigne ce qui reste à payer une fois que tous les financeurs sont passés. La Drees le calcule en deux temps.
Sur une dépense de santé moyenne de 3 154 euros par personne et par an, l’Assurance maladie obligatoire laisse en moyenne 612 euros non remboursés. C’est là qu’intervient la complémentaire santé, dont bénéficient 97 % des Français : une fois sa part versée, le reste à charge moyen tombe à 146 euros par an.
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Le gain est spectaculaire. Mais la moyenne cache une progression régulière selon l’âge :
- 80 euros par an entre 20 et 39 ans ;
- 150 euros entre 40 et 59 ans ;
- 220 euros entre 60 et 69 ans ;
- 290 euros à partir de 70 ans.
Où partent ces dépenses non remboursées #
Le détail publié par Moneyvox est éclairant. Sur les 146 euros restant en moyenne à la charge des assurés couverts, 120 euros correspondent aux dépassements d’honoraires et aux suppléments. Les participations forfaitaires et les franchises médicales pèsent environ 20 euros, et le solde, une dizaine d’euros, relève du ticket modérateur et du forfait journalier hospitalier.
Autrement dit, ce ne sont pas tant les soins courants qui coûtent cher que les consultations chez des spécialistes pratiquant des tarifs libres, certains équipements et les séjours à l’hôpital. La Drees souligne qu’un reste à charge élevé peut survenir en cas d’hospitalisations répétées ou prolongées.
Le paradoxe des seniors
On pourrait penser que les personnes âgées, plus souvent malades, sont aussi mieux protégées. C’est en partie vrai du côté de la Sécurité sociale : selon la Drees, elles consomment en moyenne des soins mieux remboursés par l’Assurance maladie, notamment parce qu’une part importante d’entre elles est prise en charge au titre d’une affection de longue durée.
C’est du côté de la complémentaire que le bât blesse. La Drees l’écrit sans détour : les seniors bénéficient, en moyenne, de moins bonnes garanties de la part de leur complémentaire santé, notamment du fait de la perte des avantages liés aux contrats d’entreprise lors du passage à la retraite.
Le passage à la retraite, moment charnière #
Tant qu’on est salarié, la mutuelle d’entreprise est obligatoire, financée en partie par l’employeur et négociée collectivement, avec souvent de bons niveaux de remboursement. À la retraite, ce filet disparaît. Comme le relève JeChange dans son analyse de l’étude, les retraités basculent alors massivement vers des contrats individuels, dont la cotisation est entièrement à leur charge et augmente avec l’âge.
Pour contenir le budget, beaucoup choisissent un niveau de garanties plus modeste. Le calcul se tient sur la cotisation, beaucoup moins sur les dépassements d’honoraires d’un spécialiste ou sur une hospitalisation.
Ce que prévoit la loi Évin
Il existe pourtant une passerelle. La loi Évin permet à un salarié qui part à la retraite de conserver la couverture de son contrat collectif à titre individuel, à condition d’en faire la demande dans les délais prévus. Les garanties restent identiques, mais la cotisation n’est plus partagée avec l’employeur : sa hausse est plafonnée les premières années, puis devient libre.
Comment limiter son reste à charge après 70 ans #
Les chiffres de la Drees donnent quelques pistes concrètes pour les assurés et leurs proches.
Regarder les postes qui pèsent vraiment. Puisque les dépassements d’honoraires représentent l’essentiel du reste à charge, c’est la garantie à vérifier en priorité, avec l’hospitalisation. Un contrat qui rembourse les consultations à 100 % de la base de la Sécurité sociale ne couvre aucun dépassement.
Privilégier les praticiens qui respectent les tarifs maîtrisés. Les médecins adhérant à l’Optam limitent leurs dépassements, et les complémentaires remboursent mieux leurs consultations. L’annuaire santé d’ameli permet de vérifier le secteur d’un praticien avant de prendre rendez-vous.
Utiliser le 100 % Santé. Pour les lunettes, les prothèses dentaires et les aides auditives, les équipements du panier 100 % Santé sont intégralement remboursés par l’Assurance maladie et les contrats responsables, sans reste à charge.
Comparer à chaque échéance. Une complémentaire santé n’est pas un engagement à vie : la résiliation en cours de contrat est possible une fois la première année d’adhésion passée. Mettre en regard la cotisation annuelle et le reste à charge réel sur les deux dernières années permet de voir si le contrat est encore adapté.
Un débat qui s’invite dans le budget de la Sécurité sociale #
Cette étude arrive alors que le coût des mutuelles pour les retraités est au cœur des discussions parlementaires sur le financement de la Sécurité sociale. Ses résultats montrent que l’enjeu ne se limite pas au montant des cotisations : pour les plus âgés, c’est aussi le niveau de couverture qui fait la différence.




