Complémentaire santé solidaire : l’Assurance Maladie repart en campagne contre le non-recours

C’est l’un des paradoxes les plus tenaces de la protection sociale française : une complémentaire santé gratuite ou presque existe pour les ménages modestes, et pourtant des millions de personnes qui y ont droit ne la demandent pas. Face à ce non-recours massif, l’Assurance Maladie a lancé en octobre 2026 une nouvelle campagne d’information sur la Complémentaire santé solidaire (C2S), relayée notamment par les hôpitaux. Le message tient en une phrase : « Vérifiez si vous y avez droit ».

7,9 millions de bénéficiaires, des millions d’oubliés #

Selon la page d’information publiée par l’AP-HP, mise à jour le 8 octobre 2026, environ 7,9 millions de personnes bénéficient aujourd’hui de la Complémentaire santé solidaire. Mais « plusieurs millions de personnes éligibles » n’en font toujours pas la demande, d’où cette campagne de sensibilisation portée par l’Assurance Maladie et relayée dans les établissements de santé.

Le phénomène n’est pas nouveau. D’après les dernières statistiques publiques citées par MoneyVox, environ 44 % des personnes éligibles ne demandaient pas la C2S en 2021. Méconnaissance du dispositif, dossiers jugés complexes, peur de la stigmatisation ou simple conviction de « ne pas y avoir droit » : les causes du non-recours sont bien identifiées, et elles privent des foyers entiers d’une couverture santé complète.

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La C2S, comment ça marche ? #

Héritière de la CMU-C et de l’ACS, fusionnées en 2019, la Complémentaire santé solidaire est une couverture financée par l’État, destinée aux personnes aux ressources modestes. Son principe : les dépenses de santé sont entièrement remboursées dans la limite des tarifs de la Sécurité sociale. Consultations, médicaments prescrits, hospitalisation, et la plupart des lunettes, prothèses dentaires et aides auditives entrant dans les paniers réglementés : le reste à charge est réduit à néant sur ces postes, sans avance de frais chez les professionnels qui pratiquent le tiers payant.

Gratuite ou à petit prix selon les ressources

Le dispositif comporte deux étages. En dessous d’un premier plafond de ressources, la C2S est entièrement gratuite. Entre ce plafond et un second seuil, elle devient payante, mais à un tarif sans équivalent sur le marché : la participation s’échelonne de 8 à 30 euros par mois et par personne, selon l’âge. À titre de comparaison, une complémentaire santé individuelle classique coûte fréquemment plusieurs dizaines d’euros par mois pour un adulte, et bien davantage pour un senior.

Qui devrait vérifier ses droits en priorité ? #

La campagne insiste sur un point souvent ignoré : l’éligibilité à la C2S n’est pas figée. Les changements de situation ouvrent ou rouvrent des droits, et l’Assurance Maladie recommande de refaire le point régulièrement. Parmi les moments charnières : l’entrée dans les études supérieures, le début ou la création d’une activité professionnelle, une baisse de revenus, une séparation, l’arrivée d’un enfant ou encore le passage à la retraite, qui s’accompagne souvent d’une chute de ressources — et de la perte de la mutuelle d’entreprise.

Les jeunes adultes constituent une cible particulière : petits boulots, alternance, premiers salaires modestes placent beaucoup d’entre eux sous les plafonds sans qu’ils le sachent. Les retraités aux pensions modestes, eux, renoncent parfois à toute complémentaire face aux tarifs des contrats seniors, alors même que la C2S participative leur serait accessible pour quelques dizaines d’euros par mois.

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Une démarche simplifiée, un simulateur en ligne #

Pour lever le frein de la complexité administrative, la démarche a été dématérialisée. Sur ameli.fr, une page dédiée permet de simuler ses droits via le portail « Mes droits sociaux » : quelques informations sur la composition du foyer et les ressources suffisent pour savoir si l’on entre dans les plafonds. Si les conditions sont remplies, la demande peut être déposée en ligne directement depuis le compte ameli, pièces justificatives à l’appui.

Un conseil pratique pour les salariés couverts par une mutuelle d’entreprise : la C2S peut, dans certaines situations, se substituer au contrat collectif, notamment pour les ayants droit. Avant toute décision, il vaut mieux comparer les garanties et interroger sa caisse d’assurance maladie, car les règles de dispense d’adhésion au contrat d’entreprise obéissent à des conditions précises.

Un enjeu de santé publique autant que de pouvoir d’achat #

Derrière les chiffres, l’enjeu est sanitaire : sans complémentaire, le renoncement aux soins explose, en particulier sur le dentaire, l’optique et les consultations de spécialistes. Chaque éligible qui ignore ses droits, c’est potentiellement un dépistage repoussé, une prothèse jamais posée, une pathologie prise en charge trop tard — avec, au bout du compte, des soins plus lourds et plus coûteux pour la collectivité.

La vérification ne prend que quelques minutes et n’engage à rien. Si vos ressources ont baissé récemment, si vous venez de prendre votre retraite ou si l’un de vos proches vit avec de petits revenus sans complémentaire, le réflexe à adopter est simple : passer par le simulateur officiel, ou pousser la porte de sa caisse primaire. Des millions de Français paient aujourd’hui leur santé plus cher que ce que la loi prévoit pour eux.

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